Les films de marque que l'on voit en ligne donnent rarement une idée de ce qui se passe le jour du tournage. Cet article raconte une journée précise, avec ses contraintes réelles : un client final à Cesena, une agence à Milan, un talent à Paris, et un prestataire vidéo qui découvre le brief définitif quelques heures avant de brancher la première caméra.

Dix secondes de rushs bruts, sans son, pour donner le ton de la journée. Le montage final est réalisé par l'équipe de Chimera Studio.

1. Le projet en quelques lignes

Technogym présente pendant la Paris Design Week une collaboration avec Harry Nuriev, designer et fondateur du studio Crosby, connu pour son travail sur le « Transformism », l'idée qu'un objet ou un espace peut changer de fonction et de sens. Son appartement parisien accueille pour l'occasion des équipements Technogym intégrés au décor : casiers noirs, banc, haltères chromés, tapis de course près de la fenêtre.

Chimera Studio pilote la production pour Technogym et cherche une équipe locale à Paris. Le besoin initial est clair : une interview longue de Harry dans son appartement, un montage court de 40 secondes construit sur ses meilleures phrases, des plans de coupe du lieu, et un album photo. Le client attend une centaine de photos retouchées.

Client finalTechnogym
AgenceChimera Studio, Milan
LieuAppartement, Paris 6e
Temps sur place4 heures
LivrablesInterview, short 40 s, B-roll, album photo
ÉquipePaul Tanguy (vidéo) + Lyne (photo)

2. Un brief à J-1, un autre le matin même

La veille du tournage, Alessandro, head of production chez Chimera Studio, ouvre un fil de mail avec le brief : lieu, horaires, contact client sur place, références vidéo pour le style d'interview et de plans de coupe, références photo, liste du matériel attendu. C'est un bon brief, précis et utilisable. Le planning tient sur une ligne : appel à 13 h, interview de 14 h à 15 h 30, plans de coupe jusqu'à 16 h 30, fin à 17 h.

Le matin du tournage, à 9 h 25, un second document arrive : la présentation de Technogym elle-même. Elle ajoute à l'interview un teaser, une visite filmée de l'appartement, une séquence de citations, un time-lapse et une captation du processus créatif. Le tout pensé en format vertical, en lumière naturelle. Le périmètre a doublé, la durée de tournage n'a pas bougé.

Dans ce cas-là, la seule bonne réponse est d'écrire avant de partir. Pas pour renégocier sur le trottoir, mais pour poser deux questions qui changent la façon de filmer :

  • Le format. Tourner en 16:9 et laisser l'agence recadrer en 9:16, ou cadrer directement en vertical ? La réponse conditionne chaque plan.
  • La lumière. Le brief parle de lumière naturelle partout, interview comprise. Un appartement ancien, un ciel de septembre qui peut se couvrir : je préfère apporter l'éclairage et ne pas m'en servir plutôt que l'inverse.

Alessandro répond en trente minutes. Le client a lui aussi reçu ce brief le matin même. Priorité à l'interview, en version longue et en version 40 secondes. Le reste servira à remplir les temps morts s'il y en a. Les scènes principales se tournent en 16:9. Et oui, il faut de la lumière, l'espace est sombre. Le contact client sur place, Giuseppe, sera dans un groupe WhatsApp avec nous.

Un périmètre qui change le jour J n'est pas un problème en soi. Ce qui compte, c'est de le dire par écrit, de trancher les priorités avec l'agence, et de partir tourner avec une réponse claire.
Harry Nuriev prépare un jus dans sa cuisine pendant qu'il est filmé au stabilisateur Ronin
Séquence « vlog » improvisée dans la cuisine, filmée au Ronin. Harry voulait commencer par ce format, plus naturel pour lui.

3. Le dispositif : deux caméras, un pied, un Ronin et de la lumière

Le matériel suit le brief, avec ce que la réponse du matin a ajouté.

  • Interview sur pied, une seule caméra, cadre fixe. Micro-cravate sans fil sur Harry. Une softbox principale et un contre-jour, parce que la pièce aux casiers noirs absorbe toute la lumière disponible.
  • Plans de coupe au stabilisateur Ronin, avec les mouvements demandés dans la référence de Technogym : des poussées lentes vers l'avant et des travellings latéraux, plus quelques cadrages très géométriques sur les objets.
  • Photo en parallèle, sur deux boîtiers, pour couvrir les portraits, les produits en situation, les plans d'interview et le backstage sans jamais bloquer la vidéo. C'est Lyne, photographe à Paris, qui tient ce poste.

Le set d'interview est monté avant l'arrivée de Harry, dans la pièce des casiers, avec le banc et les haltères dans le cadre. C'est le seul endroit de l'appartement où l'image « Technogym » et l'image « Nuriev » cohabitent sans avoir à tricher.

Paul Tanguy, caméra au Ronin, et Lyne, boîtier photo à la main, sur le plateau Technogym
Photo de plateau, avant l'arrivée de Harry. À la photo, Lyne (It's made by Chloé), avec qui je travaille dès que le projet mêle photo et vidéo : le résultat est toujours au niveau, et l'ambiance sur le plateau aussi.
Vue large du plateau : Harry Nuriev assis sur un banc Technogym devant les casiers, caméra au premier plan
Giuseppe et Paul Tanguy regardent le retour caméra pendant l'interview
Écran de la caméra pendant l'interview, Harry Nuriev cadré en plan poitrine
Harry Nuriev sur le tapis de course près de la fenêtre, filmé au Ronin

4. Sur le plateau : suivre le rythme du talent sans perdre le fil

Un designer chez lui n'est pas un intervenant en salle de réunion. Harry a ses habitudes, ses envies, et une préférence nette pour un format « vlog » où il se filme en parlant. La journée s'est donc construite en dialogue permanent avec Giuseppe, qui représentait Technogym sur place et connaissait exactement ce dont ses équipes avaient besoin.

Concrètement, la journée a ressemblé à ceci :

  1. La séquence vlog, en premier, parce que c'est ce que Harry voulait faire. Elle est filmée, elle existe, mais elle reste dispersée. Je l'ai dit à l'agence dès la livraison : ce n'est pas là que se trouve le meilleur contenu.
  2. L'interview, sur le set préparé. Giuseppe a su ramener Harry sur ce dispositif, et c'est là que les phrases fortes ont été dites. Le cadre fixe, la lumière posée et le micro-cravate donnent un son et une image que l'on peut monter en version longue comme en 40 secondes.
  3. Le showroom et les plans de coupe, en fin de journée, dans le temps restant. C'est la partie que j'aurais aimée plus longue. Elle est couverte, mais plus courte que prévu.
  4. Les portraits, ajoutés à la demande de l'équipe Technogym, qui avait besoin de photos de Harry seul pour la communication.

Ce que le brief décrivait comme une séquence linéaire s'est vécu comme une suite d'opportunités à saisir. Le rôle du prestataire ce jour-là n'est pas de faire respecter un planning. C'est d'avoir un set prêt à tout moment, pour que le moment où le talent accepte de s'asseoir face caméra ne soit pas perdu.

Portrait de Harry Nuriev debout devant les casiers noirs, bras croisés
Gros plan sur un disque de fonte gravé Technogym

5. La livraison : les rushs le soir, les photos le lendemain

Le monteur est en Italie et le client veut les photos retouchées le lendemain en fin de journée. Le transfert ne peut donc pas attendre.

Le soir du tournage, à 23 h, l'agence reçoit un lien vers un espace projet Leaf Production protégé par mot de passe. Les rushs vidéo y sont téléchargeables en un clic, triés par séquence : interview, vlog, plans de coupe, showroom, portraits et backstage. Les photos sont ajoutées au même espace une fois retouchées.

Le lendemain matin, Alessandro demande ce qui a pu être tourné et ce qui ne l'a pas été. Je lui envoie un état honnête, séquence par séquence, avec le contexte : le vlog est là mais sera difficile à monter, les plans de coupe sont plus limités que souhaité, l'interview est solide. Ce mail prend dix minutes à écrire et évite des heures de recherche à un monteur qui ne connaît pas la journée.

Haltères chromés Technogym posés devant un mur de pierre brute dans l'appartement
Les produits en situation, photographiés pendant que le plateau vidéo se déplace. Le client attendait une centaine d'images retouchées.

6. Ce que l'on retient

Quatre points, applicables à n'importe quel tournage court avec une marque et une agence à distance.

  • Un brief qui change se traite par écrit, avant le départ. Deux questions précises, format et lumière, ont suffi pour partir tourner sereinement. Le périmètre a été priorisé par l'agence, pas subi sur place.
  • Apporter l'éclairage même quand le brief dit « lumière naturelle ». L'appartement était sombre, la pièce de l'interview encore plus. Sans softbox, la version 40 secondes n'existerait pas.
  • Le set prêt compte plus que le planning. Le talent décide du moment où il s'assoit. Il faut que tout soit allumé, cadré et testé quand ce moment arrive.
  • Livrer vite, et dire ce qui manque. Un espace projet le soir même, un état des rushs le lendemain matin. Le monteur, l'agence et le client savent exactement avec quoi ils travaillent.

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